La Fortuna

Moscou, le 7 juillet 1919

Marina Cvetaeva, à haute voix et en public, lit “La Fortuna”… comme souvent elle le faisait en escamotant le dernier mot du vers, et en psalmodiant. Sa lecture, de la durée de 45 minutes, fut évaluée 60 roubles, le correspondant de 6 boîtes d’allumettes et de 3 fruits de pommes de terre! Depuis lors, cette pièce n’a plus été lue ni représentée.
Ecrit pour Jouri Zavadsky et pour Sonetchka, les acteurs préférés du Théâtre de Moscou, l’acte unique appartient au groupe des pièces du “cycle romantique” où on peut relever un érotisme lucide et chaste, presque dépouillé de toute séduction. Marina tentait de s’évader de la triste réalité quotidienne et se calfeutrait dans son époque préférée. Elle tirait ses impulsions des sons , des sonorités et non pas du visuel: les jeux de scène, le spectacle lui étaient étrangers.
A présent, nous l’avons dans la version de Luisa de Nardis pour la première fois en Europe; le spectacle est une création pour Avignon. La mise en scène a choisi la lecture au lieu de la représentation spectaculaire en hommage à la poésie du poète; la lecture reste la colonne vertébrale de la préparation du spectacle.
Marina, elle-même personnage en scène, vit et bâtit une “chambre-rêve”, un rêve en rose du dix-huitième siècle, plein d’érotisme et d’ironie. Seulement dans la cinquième scène [le dernier baiser], en quittant son rôle d’auteur/lecteur, Marina ne peut s’empêcher de remplacer le Comte Lauzun dans la rencontre avec la plus jeune de ses amoureses: Rozanette, créature fascinante et réelle, où le souvenir de Sonetchka s’insinue. L’auteur en récitant un monologue, trace un bilan de la vie de Lauzun et, semble-t -il, de la sienne. La dernière scène de “La fortuna” voudrait offrir au spectateur une lecture dégagée du rite et de la symbolisation produite dans les scènes précédentes, en fonction d’une exécution tout à fait vraie, “une sorte de preuve de vie”, où enfin les deux personnages peuvent se toucher et s’embrasser. Arrivé à l’échafaud, l’étreinte de Lauzun à Rozanette, devrait reporter le spectateur à la liaison magique entre Marina et Sonetcka. Marina était la plus grande propriétaire de biens immatériels!

Mise en scène de Donatella Marchi

Les élèves du C.U.S.T. Urbino:
Luca Bonaiti
Cinzia Di Giannatale
Eleonora Massa
Selene Paolinelli
Patrizia Patelli
Francesco Stella
Romina Veschi

Avec Enrica Minini dans le rôle de Marina

Costumes:
Serafina Baldeschi

Traduction:
Luisa De Nardis

Assistence à la dramaturgie et à la mise en scène :
Stella Mei

Lumières et régie:
Marco Ferri

Avec la collaboration:

Théâtre Drammatique Vjera Komissargevskaja – Saint Petersbourg

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Lo spettacolo é stato rappresentato in lingua italiana a Urbino, Rimini, Roma, Bologna; in lingua francese presso il Festival OFF di Avignone 1996; in lingua italiana e russa al Théâtre Drammatique Vjera Komissargevskaja di San Pietroburgo, ripreso come lettura performatica per la manifestazione ROCCAEVENTI 2005 di Sassocorvaro (PU).